Depuis la « promotion » (et en aucune façon l’invention) de la Langue des signes assurée par l’Abbé de l’Épée au XVIIIème siècle, les choses ont finalement peu évolué malgré des projets associatifs précurseurs dans le domaine (expériences prometteuses de classes bilingues à travers la France qui bénéficient hélas de peu de soutien des pouvoirs publics). Le paradoxe souvent observé au sein des instituts spécialisés consiste en une prise en charge étouffante des jeunes sourds sans pour autant qu’il leur soit apporté le bagage essentiel et suffisant pour comprendre et évoluer en tant que citoyen libre et autonome.
L’enseignement du Français écrit d’une part et la faiblesse des enseignements généraux d’autre part (la barrière de l’écrit n’y étant évidemment pas étrangère) rendent l’accès à des études longues rare. Par « chance », ce cursus n’est que peu encouragé dans ces établissements qui campent sur une proposition de formations réduite (principalement dans les métiers manuels) et totalement déconnectée des réalités du marché du travail.
En sortie de formation, les jeunes se retrouvent sans diplôme ou avec une qualification qu’il leur aura fait perdre autant de temps qu’elle leur est désormais inutile. Dès lors, ils doivent envisager une nouvelle formation ou un des rares (et très courus) emplois qui n’en réclament pas.
Pour ceux qui trouvent les opportunités et le courage de rebondir (de plus en plus nombreux cependant), les contraintes ne s’arrêtent pas là puisque la question de l’accessibilité ou plutôt les situations de non-accessibilité sont légion dans le domaine de l’éducation et de la formation. Il s’agit dès lors de trouver la formation qui va pouvoir bénéficier d’un financement pour profiter d’une aide humaine, laquelle ne concernera jamais qu’un faible pourcentage des besoins.
À ce titre, il ne fait aucun doute qu’une personne sourde diplômée est bien plus méritante que son homologue entendante en considérant le simple fait qu’une majorité des cours n’aura bénéficié de la présence d’aucune aide et que la personne a dû dès lors redoubler d’efforts et s’adapter sans cesse à un enseignement et un environnement inadaptés.
Face à ces problématiques, il n’est envisagé pour l’heure aucune refonte de ce système hétérogène et absurde. En effet, il ne fait aucun doute qu’un investissement conséquent dans ce domaine représenterait autant d’économies en terme d’accompagnement et de subventions dans le milieu du travail et nombre de contextes sociaux une fois à l’âge adulte.
Si les États-Unis (où existe une université dédiée aux sourds : Gallaudet dans l’état de Washington) et la Suède sont des modèles du genre, d’autres pays comme la Pologne et certains de ses voisins proposent une scolarité adaptée aux jeunes sourds.
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