Qu'est-ce qu'un sourd ?

La question est peut-être inattendue mais son instruction n’est sans doute pas un luxe. En effet, parmi les nombreuses situations vécues par les interprètes, une crainte primaire mais néanmoins compréhensible s’exprime souvent. Le handicap fait peur et il semble que la surdité soit parmi les plus redoutés. Rassurez-vous, c’est bénin et ça se soigne très bien…

Il est difficile de dépeindre le profil d’une personne sourde car elle est le résultat de tout un chemin de vie. C’est évidemment le cas pour chacun mais la particularité de la surdité ajoute son lot de paramètres qui vont influer sur l’individu, son identité, sa langue, …

Pour ne considérer dans un premier temps que les traits qui concerneront la majorité des personnes, évoquons ce qu’une personne sourde n’est pas. Une personne sourde ne souffre d’aucun handicap moteur ni mental. Le handicap est sensoriel. Ainsi, les capacités physiques ou cognitives sont les mêmes. La personne peut se déplacer, rire, se cultiver, travailler, organiser, comprendre, communiquer, être heureuse, en colère et conduire un véhicule.

J’aimerais m’arrêter là si j’avais l’assurance de ne créer aucune surprise en ajoutant qu’elle peut aussi exercer en tant que médecin, enseignant, avocat, animateur télé, architecte, infirmier, encadrer et diriger une équipe, faire de la politique, de l’art ou piloter un avion… Si ces portraits renvoient peu à la réalité en France, ce n’est pas le cas dans plusieurs pays où cela ne choque ni ne dérange personne. Affaire de culture et d’habitude.

Vous l’aurez compris, une personne sourde connaît finalement peu de contraintes en terme d’accessibilité à l’emploi. Même sur certains postes qui imposent, par exemple, une utilisation intensive du téléphone, les solutions existent et se développent. Les barrières qui persistent malgré tout sont plus souvent de l’ordre du manque de formations accessibles ou de tout un tas d’idées reçues de personnes qui estiment que « ce n’est pas possible » en se rendant coupable, souvent sans en avoir conscience, souvent par méconnaissance, de discrimination.

Une personne sourde n’est pas muette et si l’appellation « sourd-muet » existe (et persiste), il est reconnu désormais que c’est un abus de langage lié à une erreur de diagnostic du passé. Les personnes sourdes possèdent un appareil phonatoire parfaitement fonctionnel et l’utilisent à des degrés divers selon le parcours et la préférence de chacun.

Beaucoup n’aiment pas, par conséquent, cette désignation erronée et privilégient d’être qualifiés de « sourds » (même s’il est toujours plus charmant d’être appelé par son prénom) sans que cela constitue une insulte. Bien sûr, de la même façon que chacun a sa personnalité, chacun présente aussi sa sensibilité propre et d’aucun préférera le terme « malentendant » qui fait sourire les sourds qui n’entendent simplement pas tandis que d’autres personnes devenues sourdes apprécient bien peu qu’on renonce à ce qu’il leur reste d’audition.

Peu de choses étant formalisées autour de l’éducation des jeunes sourds en France (voir l’article en faisant état), il n’y a pas deux personnes qui possèdent le même parcours. Cela a un impact direct notamment sur la langue qui sera privilégiée, laquelle peut être différente selon le contexte professionnel, social ou familial. L’important est de toujours considérer et respecter la préférence exprimée par la personne et songer que la plupart passent une grande partie de leur temps à s’adapter au monde entendant qui se montre souvent ingrat.

À ce titre, il est important de considérer que l’oral en émission ou en réception tout comme la lecture labiale figurent des moyens de communication inconfortables, qui réclament une importante concentration et donnent lieu à de nombreuses erreurs de compréhension.

La surdité inquiète parce qu’elle présente cette particularité qu’une fois en tête à tête, la personne entendante n’est pas moins handicapée ou plus valide que la personne sourde. Le handicap touchant à la communication, on se retrouve à égalité face à l’impossibilité d’échanger. Les choses ne sont pas les mêmes bien sûr lorsque la personne sourde évolue dans un environnement entendant, ces derniers ayant tout le loisir d’échanger entre eux. La personne sourde ne bénéficie pas des mêmes occasions dès lors qu’elle est isolée. Si, par chance, le service ou l’entreprise accueille deux salariés sourds ou plus, il est humain et appréciable de changer parfois d’interlocuteur !

Cette situation implique de réfléchir et mettre en œuvre certaines procédures mais celles-ci, loin de ne servir les intérêts que d’une personne ont souvent un impact positif sur le travail collectif et la communication dans son ensemble.

On le voit, les problématiques rencontrées sont essentiellement langagières et ne seraient pas très différentes si l’interlocuteur à considérer était Anglais, Espagnol ou locuteur d’une langue que vous ne maîtrisez pas. Alors, comme cela se fait dans de telles circonstances, des interprètes sont disponibles pour intervenir et établir le pont nécessaire à l’intercompréhension et comme cela se fait, il suffit d’envisager de rendre accessible l’information qui se diffuse si vite à l’oral vers le support qui la rendra tout autant accessible à la personne sourde. En retour, celle-ci se fera une joie de vous expliquer la signification de ses mémos en Langue des signes…

Enfin, s’il demeure des faits dans le cadre de vos fréquentations avec des personnes sourdes qui semblent indiquer que ce n’est quand même pas tout à fait comme s’il s’agissait d’un Anglais ou d’un Espagnol, dîtes-vous qu’un handicap n’est visible qu’à hauteur de la compensation qui lui fait défaut. Des services existent (dont A.sourd) pour vous informer, vous conseiller et faire en sorte que tout le monde puisse travailler sur ses deux oreilles… et oui, les personnes sourdes en possèdent néanmoins !

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