Services et indépendants sont habitués à ces sollicitations mais celles-ci rivalisent le plus souvent entre maladresse et honteuse provocation. Si vous préférez éviter un lynchage par mail interposé et que votre demande soit sérieusement considérée, voici quelques conseils à suivre.
Je vous le demande ! D’un côté, on déplore le manque d’accessibilité dans une multitude de domaines et voilà qu’on risque sa vie à vouloir toucher un public le plus large possible. Le bénévolat est-il mort ? L’argent dicte t-il le monde ? Vaut -il mieux envoyer les sourds se faire voir ? Je garde espoir que non mais ça n’empêche pas de réfléchir autour de votre démarche et de faire preuve de bon sens.
Nous avons abordé précédemment le rôle de l’interprète. Il s’agit d’une profession jeune qui œuvre à sa reconnaissance mais peine encore à se distinguer, pour le commun des mortels, d’autres catégories que sont le travailleur social, l’interface, le médiateur…
Une première erreur à éviter est de mettre tout le monde dans le même panier en demandant indifféremment l’un ou l’autre de ces professionnels. Leur domaine tout comme leur mode d’intervention sont bien distincts et un seul sera adapté à vos besoins. S’il s’agit de mise en accessibilité face un public large de personnes sourdes, l’interprète sera la première réponse. C’est son rôle en effet de faire passer les informations d’une langue vers une autre là où interfaces et médiateurs occupent davantage un rôle d’accompagnant pour les personnes qui en témoignent le besoin dans le cadre de démarches personnelles.
Bien entendu, d’autres réponses existent tels la vélotypie (sous-titrage en direct) ou le LPC. Tout dépend si vous avez idée de la « tendance » en terme de communication des personnes que vous souhaitez accueillir.
Une autre solution qu’il est possible d’envisager est de faire appel, non à un professionnel des deux langues mais à un professionnel de la Langue des signes. Autrement dit, une personnes sourde, conférencier, animateur culturel, … qui organise les visites directement en Langue des signes (éventuellement à l’issue d’une formation avec un interprète). Les intérêts sont multiples : vous y gagnerez probablement en qualité mais aussi en publicité car un professionnel sourd possède souvent tout un réseau voire un public !
Soumettre une demande pertinente à l’égard de votre besoin sera la manifestation d’une certaine réflexion quant à votre objectif au-delà de la démarche « faisons-le parce que c’est bien ». Le cas échéant, il vaut mieux témoigner de ses incertitudes et être orienté par les professionnels du milieu que de se faire mal voir dès le lancement du projet…
Service d’interprètes, élèves interprète, associations de sourds, interprètes sollicités directement par mail, forums et listes de diffusion… Les demandes fusent et atterrissent ça et là. Le discernement reste de mise.
« Faisons-le bien parce que c’est mieux » ! Si vous souhaitez que la démarche soit applaudie et éviter toute critique, je ne saurais trop vous conseiller d’oublier de suite le recourt à des élèves en formation à moins que ceux-ci puissent être accompagnés à cette occasion d’interprètes expérimentés qui seront à même d’intervenir en cas de difficulté. Une telle orientation pourrait nuire à votre image, au public sourd qui pourrait ne pas profiter de la qualité qu’il est en droit d’attendre mais également à l’élève qui pourrait être montré du doigt et voir son niveau critiqué alors qu’il n’a pas achevé sa formation. Je ne devrais pas avoir à évoquer les personnes qui pratiquent la Langue des signes. Cette connaissance ne constitue pas une compétence à part entière et ne fait certainement pas d’eux des interprètes.
Les services d’interprètes figurent à mon sens l’interlocuteur idéal. Soit le service pourra considérer la demande et la prendre à son compte ou, le cas échéant, elle pourra la diriger vers ses professionnels qui pourront alors s’engager en leur nom propre si la démarche les interpelle.
Évitez les forums et liste de diffusion qui n’ont pas vocation à accueillir ce genre de demandes mais peuvent cependant vous fournir quelques conseils autour de votre projet.
Quitte à adresser une demande de gratuité, autant que ça ait du sens. Dans cette perspective, il peut être utile de considérer le projet et les engagements des personnes ou services que vous envisagez de contacter. Ça peut prendre un certain temps mais par chance, les sites internet (lorsqu’ils existent) se montrent le plus souvent discrets à ce sujet. Dès lors, l’étape suivante consiste à présentez votre projet de manière suffisamment complète (sans qu’il s’agisse cependant de joindre les détails de votre engagement politique en 60 pages) de sorte que l’éventuel prestataire sache dans quoi il s’engage et pourquoi !
Soyons clairs : la gratuité se paye. Quel que soit le domaine, on obtient des avantages et gratuités avec des arguments solides et plus facilement lorsque le projet témoigne d’objectifs évidents et idéalement sur du long terme. De même, n’espérez pas convaincre grand monde si votre projet possède d’ores et déjà des soutiens ou financements. Enfin, il pourrait être mal vu de solliciter des professionnels bénévoles et de clôturer l’évènement avec un buffet fastueux. Voyons pourquoi…
C’est tout l’enjeu et croyez-moi, la légitimité est rarement de mise.
Le plus souvent, il est question de gratuité, non par manque de moyens mais plutôt de considération. L’interprète n’est pas un travailleur social et sa pratique n’est pas un hobby ! Les personnes sourdes n’ont pas besoin de compassion mais d’un accès légitime et de qualité à l’information. Ce sont tous ces décalages qui perdurent et tendent à faire penser qu’il est légitime de solliciter une prestation gratuite parce qu’il s’agit de handicap et que certaines communications continuent de promouvoir un certain misérabilisme (efficace lorsqu’il s’agit d’engranger des dons).
Les interprètes sont des professionnels qui ne sont pas là pour aider ou vulgariser un discours mais le passer d’une langue vers une autre. Si votre démarche consiste à témoigner un respect et une considération bienvenus à l’égard des personnes sourdes, il n’y a aucune raison que les professionnels qui vous accompagnent dans cette perspective ne bénéficient pas de cette même reconnaissance.
Si l’évènement que vous organisez voit certaines personnes (conférenciers, animateurs, prestataires…) profiter d’une rémunération, pourquoi donc le travail des interprètes devrait lui s’en passer ?
Au cas où vous ayez parfaitement conscience de cet état de fait et que votre demande ne réside que dans un manque avéré de moyen (le bénévolat étant dès lors la règle), vos chances de convaincre sont plus importantes.
Il est possible d’intervenir bénévolement mais pas à n’importe quel prix (c’est la dernière, j’arrête avec ces jeux de mots) ! Il est de votre responsabilité d’offrir aux interprètes les conditions idéales pour leur intervention. D’abord en terme d’effectif au regard de votre organisation (un interprète ne pourra guère assurer seul une amplitude supérieure à deux heures). Ensuite autour de la transmission de documents préparatoires (discours, powerpoint, vidéos, …) de sorte que la qualité soit au rendez-vous. Un professionnel ne doit pas avoir à sacrifier les conditions qu’il exige en temps normal tout comme, s’il est consciencieux, il ne négligera pas sa propre préparation et restera fidèle, bien entendu, au code déontologique.
Au-delà des compétences et du professionnalisme que je n’ai de cesse d’évoquer, les interprètes bénéficient pour la plupart de revenus en deçà de leurs niveau de diplôme. Peu d’entre eux, je pense, entendront qu’il faille débourser de l’argent pour offrir leurs services (transport, hébergement repas). Pensez-y et sachez qu’un interprète bien accueilli et bien nourri aura vite fait de rameuter des collègues !
Vaut -il mieux envoyer les sourds se faire voir ? Si votre volonté s’est manifestée, il serait dommage d’y renoncer mais cela ne suffit pas. Faire les choses en bonne intelligence ne pourra que vous servir et vous simplifiera considérablement la tâche plutôt que perdre du temps à expliquer que « Ce n’est pas ce que je voulais dire » et « Je ne savais pas » qui convaincront difficilement et n’inspireront sans doute pas la confiance suffisante.
Un autre point important est de ne pas attendre la dernière minute. L’interprétation ne s’improvise pas alors, selon l’ampleur de l’évènement, entamer ses recherches un à quatre mois avant la date fatidique n’est pas exagéré le temps de trouver les personnes et préparer l’intervention. Ce délai peut en outre vous être profitable pour une recherche de subventions auprès de différentes institutions publiques ou privées.
Enfin, si vous craignez qu’à l’issue de vos efforts et de toutes vos démarches, les personnes sourdes ne soient pas au rendez-vous, sachez que c’est un risque à courir. L’information se diffuse avec difficulté et paradoxalement, il suffit d’une ou deux personnes sourdes qui se réjouissent de cette accessibilité pour que tout s’accélère !
Ce billet n’est pas une solution clé en mains et vous comprendrez aisément que les services et professionnels ne peuvent donner suite à toutes les demandes, aussi ambitieuses et intéressantes soient-elles. Néanmoins, les conseils prodigués vous permettront d’offrir la démonstration d’un certain intérêt et de quelques recherches autour du sujet… sinon, comment seriez-vous arrivé ici ?
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